Agir : l’hébergement solidaire
Accueillir une famille chez soi
Ouvrir sa porte à une famille à la rue est l’un des gestes de solidarité les plus précieux qui soient. C’est aussi un engagement qui se prépare. Voici nos conseils, nés de l’expérience des hébergeuses et des hébergeurs qui nous ont précédés.
Un accueil réussi est un accueil qui tient dans le temps. Et un accueil tient lorsque ses limites ont été posées avant la première nuit.
Avant tout : poser ses limites
La générosité de l’élan premier ne doit pas faire oublier que l’hébergement engage l’ensemble du foyer, parfois pour longtemps. Avant même d’en parler à la famille ou à l’association, prenez le temps de déterminer ce que vous êtes réellement en mesure d’offrir. Des limites claires ne traduisent aucun manque de générosité : elles protègent l’accueil, pour vous comme pour la famille, qui a besoin de savoir à quoi s’en tenir.
La durée
Combien de temps pouvez-vous accueillir ? Quelques nuits, quelques semaines, jusqu’à une date précise ? Mieux vaut une durée annoncée d’emblée, quitte à la prolonger d’un commun accord, qu’un accueil sans terme qui s’interrompt brutalement.
L’espace
Quelles pièces mettez-vous à disposition ? Quels espaces seront partagés, et à quels moments : cuisine, salle de bain, salon, jardin ? Quels lieux demeurent strictement privés ?
L’implication
Offrez-vous seulement un toit, ou aussi des repas, des trajets, une présence, une aide aux démarches ? Rien n’oblige à tout faire : l’accompagnement administratif, notamment, peut reposer entièrement sur l’association ou sur une autre personne de votre collectif de solidarité.
Les attentes
Quelles règles de vie vous importent : horaires, bruit, tabac, visites, animaux, usage du lave-linge ? Mieux vaut les nommer à l’avance que les découvrir à la faveur d’un malaise.
En parler ensemble, en famille
L’hébergement concerne tout le foyer. Votre conjoint ou votre conjointe, vos enfants, toute personne vivant sous votre toit doivent pouvoir exprimer leurs propres limites avant que la décision ne soit prise.
- Que chacun réponde pour lui-même aux quatre questions ci-dessus, puis confrontez vos réponses. Là où les avis divergent, retenez la limite la plus prudente : un accueil n’est durable que s’il est consenti par tous.
- Expliquez aux enfants, avec des mots adaptés à leur âge, qui va venir et pourquoi. Dites-leur aussi que la situation de la famille accueillie ne se raconte ni à l’école ni aux amis : la discrétion s’apprend, et elle protège.
- Convenez dès maintenant d’un moment régulier pour faire le point entre vous, une fois l’accueil commencé.
Formaliser l’accueil : la convention
Une fois posées, ces limites gagnent à être partagées avec la famille accueillie, de vive voix d’abord, par écrit ensuite. Nous proposons à cet effet une convention d’hébergement solidaire à titre gracieux. Elle reprend point par point les questions qui précèdent : durée, espaces, implication de chacun, règles de vie, points d’étape et conditions de fin de l’accueil.
Cette convention n’est pas un bail et ne crée aucun droit au maintien dans les lieux. C’est un engagement moral, qui clarifie les attentes de part et d’autre et prévient les malentendus. Elle se remplit et se signe ensemble, en présence d’un membre de l’association lorsque c’est possible.
- Dans la langue de la famille hébergée. La convention doit être rédigée dans une langue que la famille comprend pleinement, en regard de la version française. Nul ne peut s’engager sur un texte qu’il ne comprend pas ; l’association peut vous aider à la faire traduire.
- À l’image de votre accueil. Le modèle proposé n’est qu’une base. La convention doit contenir toutes les modifications et précisions que l’une ou l’autre partie souhaite y apporter, afin de refléter fidèlement ce qui a été convenu.
Pendant l’accueil
Six repères pour que l’accueil reste une belle aventure, pour vous comme pour la famille.
Le repos d’abord
Une famille qui sort de la rue a besoin de dormir, de souffler, de se sentir en sécurité. Ne la questionnez pas sur sa situation administrative : l’association s’en charge, ou une autre personne de votre collectif de solidarité, avec délicatesse et avec l’accord de la famille.
Chacun son rythme
Respectez son intimité et ses horaires, comme vous souhaitez que l’on respecte les vôtres. Une porte fermée n’est pas un rejet.
Motus et bouche cousue
Aucune information sur la famille ne circule sans son consentement : ni photo, ni message, ni récit, même bienveillant. Et si l’on parle d’elle, c’est avec elle.
On fait le point, souvent
Avec la famille, avec l’association, entre vous. Les limites peuvent évoluer : mieux vaut en parler tôt que trop tard.
Jamais seul
Une difficulté, une tension, un coup de fatigue ? Appelez votre référent ou votre référente Un Toit Un Avenir. Nous sommes là pour ça.
Des moments rien qu’à soi
Ménagez-vous des instants « comme avant », rien que pour vous, en famille : un repas, une soirée, une sortie. La famille hébergée en a tout autant besoin. Ces moments de retrait sont une respiration nécessaire : ils permettent à l’accueil de durer.
En cas de difficulté ou de litige
Dans la très grande majorité des cas, l’accueil se passe bien. Mais une cohabitation, même généreuse, n’est jamais tout à fait exempte de frictions. Lorsqu’une difficulté surgit, voici la démarche que nous conseillons.
- En parler tôt. Ne laissez pas le malaise s’installer. Exprimez calmement ce qui pose problème, en vous appuyant sur la convention, qui rappelle ce qui a été convenu de part et d’autre.
- Faire appel à un tiers. Sollicitez votre référent ou votre référente Un Toit Un Avenir, ou une personne de votre colle



